L’interculturel peut se définir comme étant une rencontre entre des personnes issues d’horizons culturels différents. Les savoirs développés dans ce champ théorique et pratique peuvent ainsi s’appliquer partout, autant dans un contexte de relations avec les autochtones et de coopération internationale que dans une société d’accueil. Cela dit, l’expérience interculturelle vécue par une personne différera selon que cette rencontre a lieu sur son territoire d’origine ou à l’étranger, ou selon le contexte particulier (coopération internationale, immigration, relations de travail multiethniques, intervention en santé, mandat d’éducation ou juridique, rencontres entre des citoyens, etc.) et aussi en fonction des politiques sur l’immigration.
Les contextes variés où ont lieu les rencontres interculturelles demandent des adaptations spécifiques, et cela, autant pour les immigrants que pour les personnes issues des sociétés d’accueil. Or, dans les contextes de migration, on constate habituellement que les sociétés d’accueil possèdent des attentes élevées face aux immigrants et elles négligent, trop souvent, de prendre en considération le fait que, tout comme les coopérants internationaux, les immigrants doivent apprendre au quotidien les fonctionnements, les règles et les lois de leur nouveau milieu. La réalité est la même dans le cas de l’éducation, où la société d’accueil a le devoir de s’assurer que les élèves développent les outils nécessaires à leur insertion sociale. Au niveau de l’intervention en santé, les intervenants et les professionnels doivent tenir compte des protocoles de soins et des règles professionnelles et institutionnelles en vigueur, et s’adapter le plus possible afin d’assurer la guérison de personnes issues de l’immigration, souvent considérées comme une clientèle vulnérable.
Comprendre cette complexité signifie que l’on ne peut pas réduire l’interculturel aux accommodements raisonnables : un outil décisionnel inscrit dans la Charte canadienne des droits et libertés et qui touche onze motifs de discrimination et, non seulement la race, la religion et l’ethnie. Mais comprend aussi, par exemples : le handicap, le statut social et l’âge.
Au niveau politique, on oppose souvent les orientations interculturelles du Québec aux orientations multiculturalistes du reste du Canada où chaque groupe ethnoculturel peut espérer se développer comme il l’entend. Alors que l’interculturalisme prôné au Québec s’intéresse plutôt aux rencontres et aux échanges comme moyen pour combattre les préjugés et le racisme et pour favoriser l’intégration. Ainsi, contrairement au Canada, lorsqu’il s’agit d’allouer des ressources aux organisations qui se consacrent à l’insertion des immigrants, les orientations interculturelles du gouvernement québécois – qui a pour mission de se préoccuper du bien-être de tous – le portent à favoriser les organisations qui regroupent des personnes issues de plusieurs communautés ethnoculturelles différentes. Selon cette vision, les personnes issues de l’immigration forment une catégorie d’ensemble en apparence homogène, alors qu’en réalité chaque groupe possède des caractéristiques spécifiques culturelles importantes et utiles qui sont alors plus difficilement prises en compte et qui pourraient servir à favoriser leur insertion.
Comme on peut le voir, la migration est si complexe qu’aucun pays d’accueil ne peut affirmer avoir trouvé la voie pour réduire tous les problèmes qui sont soulevés par la cohabitation subite, comme c’est le cas actuellement, de personnes de différentes origines ethnoculturelles. Il apparaît donc nécessaire, que ce soit pour les instances gouvernementales ou les personnes (les immigrants de même que les personnes issues de la société d’accueil), de développer une panoplie de stratégies adaptatives qui s’avèrent complémentaires les unes les autres. Et, pour être réellement efficaces, ces stratégies doivent suivre des logiques locales qui existent depuis très longtemps.
L’apport de nouveaux apprentissages est souvent essentiel au développement de ces nouvelles stratégies. Pour pouvoir développer de nouvelles compétences en communication interculturelle, il faut avant tout arriver à percevoir chaque humain – soi-même et l’Autre – comme porteur d’une culture. Chaque geste que nous posons est culturel, c’est-à-dire qu’ils reflètent des façons de penser, de dire et de faire qui sont spécifiques à des groupes humains particuliers. Chaque culture constitue un système logique, mais n’est pas hermétique puisqu’elle subit elle aussi les influences des autres cultures qui cohabitent au sein d’une même société. En contexte multiethnique, il faut tenir compte de tous ces systèmes logiques particuliers.
Un encadrement en interculturel – sous forme de formations – est d’ailleurs offert aux personnes qui œuvrent en coopération internationale. Ces formations sont destinées à leur permettre de mieux comprendre leur nouvel environnement et de mieux s’y adapter, ainsi qu’à diminuer les difficultés qu’elles pourraient éprouver au retour. Par l’entremise de ces formations, on cherche à diminuer les malaises inhérents aux pertes de points de repères habituels lorsqu’une personne se retrouve dans un milieu culturel différent. Dans le cas des formations aux coopérants, on intègre aussi des compétences en communication interculturelle puisque les coopérants internationaux transposent des visions, des normes, des pratiques et des protocoles issus de leur société d’origine. Porteurs de leur culture locale et institutionnelle, les coopérants auront, comme tous ceux qui interviennent dans des contextes multiethniques, à cerner des enjeux interculturels contextuels et à tenter de réduire les écarts culturels qui peuvent les empêcher de remplir leur mandat.
Si tout le monde convient de la pertinence de former les coopérants afin qu’ils s’adaptent mieux aux populations des pays qu’ils vont rencontrer, comment se fait-il qu’on accorde si peu d’importance au besoin de former tous les citoyens, y compris les juges, les gestionnaires, les intervenants, les chercheurs et les journalistes, les décideurs aussi – les immigrants et les personnes dîtes de souche – afin qu’ils puissent eux aussi développer de nouvelles compétences interculturelles ?
